Vers un grand plan parisien contre le harcèlement et les violences sexistes dans l'espace public
Tribune d'Emmanuel Grégoire et de Gabrielle Siry-Houari
Dimanche 25 janvier 2026

Première mise en examen dans le cadre d'une tentative d'attentat masculiniste l'an dernier à Saint-Étienne, multiplication des discours de haine en ligne envers les femmes : le backlash anti-féministe est de plus en plus évident dans notre pays.
Dans ce contexte, il est aussi un phénomène qui constitue un poids et une menace constante pour les femmes : celui du harcèlement dans l'espace public. Selon la Fondation des femmes, les trois quarts des femmes y ont déjà été confrontées, et cette proportion est encore plus importante dans les transports publics.
Ces chiffres sont insupportables pour les tenants de l'égalité femmes-hommes que nous sommes. Nous ne tolérons pas que l'espace public, en certains lieux, soit occupé d'abord par des hommes, parce que les femmes se sentent en insécurité et s'en retirent.
Cette situation crée aussi de nouvelles inégalités, en termes de santé par exemple puisque de nombreuses femmes renoncent à faire du sport dans l'espace public, en particulier tôt le matin ou dès la tombée de la nuit. Nous voulons une ville où les femmes se sentent libres de circuler en tout lieu et à toute heure, de pratiquer une activité sportive quand elles le veulent, où elles veulent et dans la tenue qu'elles veulent, d'emprunter le trajet qu'elles souhaitent sans l'adapter de peur d'être harcelées.
⚫️ Transformation de l'urbanisme et montée en puissance de la police municipale
C'est pourquoi, alors que notre environnement urbain était conçu il y a peu par et pour les hommes, la majorité municipale parisienne mène depuis 2014 une transformation de l'urbanisme en faveur de l'égalité de l'occupation de l'espace public. Les sept grandes places parisiennes et la porte de Montreuil ont été rénovées dans une démarche sensible au genre et la Ville a publié un guide spécifique à destination des urbanistes pour qu'ils intègrent systématiquement cette dimension dans leur travail. Une attention particulière est également portée aux équipements sportifs, notamment en extérieur, pour que ceux-ci bénéficient autant aux femmes qu'aux hommes.
La Ville organise et soutient également dans tout Paris des marches exploratoires de femmes pour que soient mieux identifiées leurs aspirations dans l'espace public afin qu'elles se sentent à l'aise de circuler partout et à toute heure.
Quand une difficulté est identifiée, des mesures sont mises en place pour y remédier, comme des améliorations du mobilier urbain (largeur de trottoirs, éclairage public…), des renforts de police municipale, ou des dispositifs dédiés en lien avec la préfecture de police dans certains quartiers (contrôles de police multipliés par exemple). Nous systématiserons ces marches exploratoires dans tous les arrondissements, en lien avec les habitant-es, afin d'identifier l'ensemble des lieux problématiques et permettrons un signalement facilité en ligne. Nous mettrons également en place un véritable plan d'aménagement lumineux pour une ville plus rassurante partout et à toute heure.
Nous passerons à l'échelle supérieure en termes de présence de la police municipale dans l'espace public grâce au recrutement de mille agents supplémentaires, pour atteindre 5 000 agents en fin de mandature, soit 50 agents supplémentaires par arrondissement, et à l'installation de kiosques de police municipale sur les points sensibles.
Paris est une ville pionnière où les agent-es de la police municipale parisienne sont spécifiquement formés à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Des campagnes de prévention du harcèlement dans la vie festive nocturne à Paris ont été lancées et nous voulons développer massivement ces brigades nocturnes. Car oui : c'est bien la majorité municipale qui a mis en place une police municipale à Paris, dans un contexte de baisse continue des effectifs de police nationaux dans la capitale décidée par les gouvernements auxquels appartient Madame Dati, qui n'a pas levé le petit doigt à ce sujet.
⚫️ Une mobilisation de toute la société
Nous engagerons, dès le lendemain des élections municipales, un grand plan parisien contre le harcèlement sexiste dans l'espace public. Une campagne de communication à grande échelle sera ainsi lancée sur les panneaux d'affichage de la Ville et les réseaux sociaux pour, d'une part, informer les harceleurs potentiels des peines encourues, et d'autre part indiquer comment réagir en tant que témoin de harcèlement.
Nous mettrons en place des formations à ce sujet à destination des Parisiennes et Parisiens volontaires, et responsabiliserons également les hommes qui peuvent être témoins de harcèlement de la part de leurs amis, sur le modèle de la campagne « Have a word » de la ville de Londres. Cette mobilisation bénéficiera évidemment aux personnes LGBT, qui sont aussi victimes de harcèlement dans l'espace public.
Afin d'aider les victimes, nous œuvrerons à la diffusion à Paris d'une application dédiée permettant de trouver rapidement de l'aide aux alentours, d'appeler immédiatement les secours et d'accéder en amont et en aval à toutes les ressources utiles en termes d'information (comment déposer plainte, contact d'associations d'aide aux victimes, etc.). Des boutons d'alerte seront également installés sur les abribus.
⚫️ Maison des femmes et soutien aux associations
Plus largement, en matière de lutte contre les violences, nous continuerons de nous appuyer sur les réseaux de lutte contre les violences faites aux femmes mis en place dans les arrondissements et qui réunissent toutes les associations actives sur ce sujet.
Plusieurs arrondissements accueillent déjà les victimes directement en mairie où elles sont accompagnées par des associations spécialisées, notamment pour porter plainte.
Nous voulons désormais multiplier à Paris les « maisons des femmes » dans les différents arrondissements. Ces espaces d'accueil et d'orientation des victimes de violence où des spécialistes de différents domaines (médical, juridique, psychologique, interprètes pour les personnes étrangères) prennent en charge et accompagnent de manière globale les victimes.
Comme nous l'avons déjà mis en place dans de nombreux arrondissements sur cette mandature, nous souhaitons également généraliser la présence, dans tous les commissariats, d'intervenants sociaux et de psychologues afin de faciliter le dépôt de plainte.
Les associations féministes sont une des premières cibles de la droite parisienne, qui vote régulièrement contre leur subventionnement. Dans ce contexte, nous leur réaffirmons notre soutien plein et entier. Nous serons également extrêmement vigilant-es à ce que leurs interventions prévues en milieu scolaire sur l'égalité femmes-hommes se tiennent dans de bonnes conditions. Nous amplifierons les politiques en faveur de l'égalité à l'école, comme la mise en place de cours de récréation permettant un meilleur partage de l'espace entre filles et garçons, pour lutter contre les stéréotypes de genre dès le plus jeune âge où tant de choses se jouent.
Face au réveil du masculinisme et des conservatismes, nous sommes déterminé-es à faire de Paris un havre de plus en plus accueillant pour toutes les femmes. Quand la droite et l'extrême-droite, notamment à Paris, instrumentalisent le féminisme à des fins racistes en assimilant violences faites aux femmes et immigration, alors que près de 90 % des mis en cause pour violences sexuelles sont Français, nous visons l'efficacité à travers une politique à la fois préventive et répressive, au service de l'émancipation des femmes et de la protection des victimes.
Signataires :
Emmanuel Grégoire, député de Paris, candidat du rassemblement de la gauche à la mairie de Paris
Gabrielle Siry-Houari, porte-parole, adjointe au maire du 18e arrondissement
Hélène Bidard, adjointe à la maire de Paris, en charge de l'égalité femmes-hommes
Lucie Castets, porte-parole, candidate sur la liste d'Emmanuel Grégoire
Audrey Pulvar, porte-parole, adjointe à la maire de Paris en charge de l'alimentation durable, de l'agriculture et des circuits courts
Alexandra Cordebard, maire du 10e arrondissement
Jérôme Coumet, maire du 13e arrondissement
François Dagnaud, maire du 19e arrondissement
Lamia El Aaraje, porte-parole, adjointe à la maire de Paris en charge de l'urbanisme
Rémi Féraud, sénateur de Paris
Céline Hervieu, députée de Paris, conseillère de Paris du 6e arrondissement
Éric Lejoindre, maire du 18e arrondissement
Éric Pliez, maire du 20e arrondissement
Emma Rafowitz, porte-parole, députée européenne
Maxime Sauvage, porte-parole, premier adjoint au maire du 20e arrondissement
François Vauglin, maire du 11e arrondissement
Ariel Weil, maire de Paris Centre
Colombe Brossel, sénatrice de Paris
Marie-Pierre de la Gontrie, sénatrice de Paris
